Planètes et astres

Saturne et l’Or du vieux démon

Ce n’est qu’après un lourd silence teinté de contrition et en adoptant des intonations de clerc de notaire que certains astrologues vous parlent de Saturne. Depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, le « tout Jupiter » exige, ici et maintenant, ce qu’il y a loin là-bas, alors que Saturne, lui, marque un temps d’arrêt et impose contrainte et conscience.

Beaucoup en appréhendent donc l’énergie apparemment limitante. Il est, donc, normal que les images qui viennent à l’esprit des astrologues d’un temps passé, soient toutes colorées de catastrophes, d’apocalypses et d’interdits divins.

Pourtant Saturne, bien qu’il réclame conscience et concentration, représente, au delà de nos plus grandes peurs, une incroyable force structurante propre à nous faire découvrir ce qui est notre véritable centre de gravité face au mouvement inhérent à la vie extérieure.

Le Mythe

Saturne dévorant un de ses enfants
Saturne dévorant un de ses enfants

Si l’on s’en réfère à la mythologie, Saturne (Chronos chez les grecs) est devenu le dieu/roi de l’Olympe après avoir renversé son père (Uranus). Ensuite, par peur de voir un de ses enfants lui succéder, Saturne mangeait chacun d’eux au fur et à mesure qu’ils étaient mis au monde par sa femme Rhéa. Jusqu’au jour où Jupiter (Zeus) vient à naître. Celui-ci, par les subtiles manœuvres de sa mère Rhéa, est sauvé de la dévoration de son père. Plus tard, devenu adulte, Jupiter prends le trône de Saturne et fait sortir les autres enfants de l’estomac de son père.

Saturne affaibli reconnaît et accepte enfin ses enfants tant et si bien qu’il en fait des dieux. Mais cela n’est pas pour cela que Saturne disparaît et quitte la légende : ort de son renoncement, il descend de l’Olympe afin d’enseigner la sagesse aux hommes. Sous forme d’un vieillard, il lançait des défis aux humains, leurs fait passer des épreuves, teste leur savoir, leur patience et leur application à faire les choses. Ceux qui réussissent repartent couverts d’or sans aucun souvenir du vieillard.

Dans ce conte, Saturne représente d’abord une faute d’orgueil. Cet orgueil qui nous pousse à refouler dans l’oubli une partie de ce que nous engendrons (émotions, peurs, regrets, … ). Pour de diverses raisons, par inconvenance ou par honte, ce qui sort de nous ne nous semble pas assez parfait ou digne d’exister aux regard des autres. Pourtant, nous avons beau refouler nos peurs et nos hontes dans l’inconscient (les manger), les projeter sur nos amis et nos compagnons, il arrive un moment où devons faire face à ce que nous avons enfoui profondément.

C’est alors que Jupiter (Zeus) s’élève et, au détour d’une conversation ou d’un dîner entre amis, nous devenons le pire des dictateurs que naguère nous dénoncions chez les autres ou nous devenons le pire des avares qu’aux yeux de tout le monde, nous détestions. La meilleure manière de s’en sortir est non pas de faire face en luttant, mais bien de reconnaître en pleine conscience nos peurs et nos hontes et de lâcher toutes formes de contrôle sur elles pour faire ressurgir des forces encore ignorées jusqu’alors. Un peu comme Saturne, tombé de son trône, enseigne aujourd’hui encore la sagesse des dieux aux hommes qui le cherchent.

La Norme

"Saturne est le parent normatif, celui qui fait œuvre structurante en établissant des limites bien définies. Sa face sombre, c'est le parent critique qui enferme l'enfant dans le cadre de ses propres conditionnements et qui le juge en fonction de sa capacité à appliquer les règles auxquelles il s'astreint lui-même."
(Eric Berrut – Les Parents dans le thème de naissance – Éditions Janus – 2009).

Saturne représente l’ensemble des lois (convictions, certitudes, vérités, … ) auxquelles nous sommes le plus soumis. En restant enfermés dans les jugements apportés par nos éducateurs et les préceptes inculqués par nos maîtres d’enfance (professeurs, éducateurs, parents, …) nous recherchons inconsciemment des repères extérieurs à nous. Ceux-ci ne nous appartiennent pas et nous poussent à nous relier  » à [nos] racines terrestre – tradition et éducation – plutôt qu’à [nos] racines célestes « . (Luc Bigé – Le Chœur des Planètes – Éditions Janus – 2010)

Saturne est ce fameux  » parent normatif  » qui est en nous. En maisons, il indique le domaine de vie dans lequel l’individu a été figé, immobilisé dans sa croissance par les  » tu dois  » et les  » il faut  » imposés par ses tuteurs. Face à certains de ces  » il faut  » qui ne lui appartiennent pas, l’être se sent inadapté, trop sensible ou maladroit. Il sera enclin à compenser ce sentiment d’infériorité en tentant de montrer un visage brave et quelquefois endurci. Il se fera aussi des promesses irrévocables qu’il suivra jusque dans sa vie d’adulte. Ce visage brave et ces promesses sont un masque, un peu comme  un bouclier que le guerrier lève sur les parties les plus sensibles de son corps. Sur ce bouclier, se trouvent nombre de symboles ou emblèmes qui ne lui appartiennent pas du tout mais qui lui permettent de faire bonne figure face aux autres en cachant ce qu’il pense être ses faiblesses honteuses et coupables dictées par l’extérieur (C.G. Jung parle de  » personæ « ).

Mais, derrière le bouclier, Saturne met en lumière un aspect inconscient de notre personnalité. Si nous ne refusons pas de voir cet aspect, il est constitué de ces qualités qui nous appartiennent. Mais pour une sombre raison nous ne voulons les montrer à personne par peur d’être jugés. Jugés par nos éducateurs et jugements que nous portons, aujourd’hui, sur nous-même.

Voici le terreau idéal pour la croissance de l’Ombre.

L’Ombre

L'Ombre par Tim Burton
L’ombre et sa projection.

Pour situer correctement l’Ombre en nous et la manière dont nous la projetons, on peut se demander en toute honnêteté  » Quels sont les traits qui, chez les autres, sont propres à m’exaspérer et me mettent dans une colère irrationnelle ? « . L’Ombre nous chuchote alors que ces traits exaspérants sont bel et bien les nôtres. Mais pour ne pas les reconnaître et en subir le jugement, nous les confions aux autres : c’est la projection.

Ces traits sont teintés de l’endroit où se trouve Saturne dans notre thème natal. Cet endroit nous montre le domaine dans lequel l’Ombre s’exprime le plus volontiers. L’individu y affiche une attitude défensive et critique à l’égard de l’autre. C’est d’ailleurs là qu’il sera le plus susceptible de s’attirer l’hostilité et l’opposition des autres en raison de son attitude inconsciente d’infériorité. Pour ne pas montrer cette apparente infériorité, il peut souvent s’y montrer minable, mesquin, borné et digne d’une mauvaise foi obstinée.

Un Saturne dont les qualités ne sont pas encore reconnues par son possesseur indique la direction d’où viennent les malheurs – souvent à répétions d’ailleurs. Cela est vrai tant que nous nous obstinons à rejeter sur le monde extérieur la responsabilité de nos infortunes (mécanisme de la projection) et à manger nos enfants comme le fait le dieu Chronos.

Saturne et les signes

Dans le thème de naissance, Sature est révélateur des pires caractéristiques du signe dans lequel il se trouve. Il amplifie les peurs qui en découlent. Un puissant sentiment récurrent d’inadaptation ou d’infériorité s’en dégage. La réaction qu’on oppose à ce sentiment est en général extrémiste. Pourtant quelque chose nous y attire presque irrésistiblement.

Deux attitudes peuvent en découler : l’isolement face au signe ou la surcompensation du signe. Obnubilée par ses défauts apparents, la personne peut s’isoler et se tourmenter à cause de son sentiment d’infériorité. La surcompensation est un comportement où la personne exagère les caractéristiques du signe dans lequel se trouve Saturne. Parfois la personne adoptera alternativement les deux réactions et ce, souvent, sans en avoir conscience.

Carnaval
Un masque de lumière pour (nous) cacher (de) notre noirceur.

Ces attitudes sont presque toujours liées à un désir de cristallisation de l’Ego : une voie – illusoire – de moindre effort qui nous permet de nous exposer au monde avec un masque d’honorabilité (personæ) ôtant ainsi tout danger de nous révéler – nous et nos sentiments d’infériorité.

Par exemple, la personne ayant Saturne en Vierge pourrait avoir peur d’être inutile (un échec retentissant pour la Vierge). Cette peur l’empêche presque d’exprimer le goût naturel de la Vierge pour le service et les soins donnés aux autres. Pour être sûre de ne pas « devoir  » incarner les qualités de la Vierge et en subir les jugements négatifs, cette personne devient monsieur ou madame « je m’en fous » et prône les valeurs contraires à la Vierge. C’est à dire, le laisser aller et l’abandon, quitte à adopter des comportements propre à amener l’infection et l’insalubrité. L’individu alimentera, ainsi, un ressentiment et une colère bien dissimulés, qui se manifesteront par des critiques acerbes à l’égard des thérapeutes, des infirmier(e)s, de la diététique, etc…

A l’inverse, cette même personne risque d’adopter – comme un masque – une attitude de maniaquerie, de propreté parfaite et d’hygiène de manière excessive allant jusqu’à imposer violemment ses conduites hygiéniques pour masquer son manque de confiance en sa propre valeur.

Au risque de généraliser, faisons un petit tour de Saturne dans les signes .

  • En Bélier, Saturne peut révéler la peur de ne pas être le premier ou de ne pas détenir le leadership.
  • En Taureau, Saturne peut révéler la peur de perdre nos possessions, la peur de l’échec matériel, ou la peur de notre nature instinctuelle et de notre intégrité.
  • En Gémeaux,  Saturne pourrait trahir la peur de la légèreté, de la diversité ou révéler notre incapacité à explorer le monde des idées.
  • En Cancer, Saturne pourrait dévoiler la peur d’être rejeté du groupe (du clan) ou d’être privé de liens affectifs.
  • En Lion, Saturne semble désigner la peur d’être médiocre ou de ne pas être remarqué ou aimé.
  • En Vierge, Saturne pourrait révéler la peur d’être inutile, appréhension de l’ordre ou de la propreté.
  • En Balance, Saturne pourrait dénoter la peur de ne pas être assez cultivé, esthète ou donner à la puissance de l’engagement émotionnel un aspect destructeur.
  • En Scorpion, Saturne pourrait augmenter le sentiment de vulnérabilité affective ou émotionnelle et conduire à la peur d’être dominé ou contrôlé.
  • En Sagittaire, Saturne pourrait instiller le sentiment d’absence de sens dans la vie et souligner l’aliénation qu’apportent les habitudes immuables.
  • En Capricorne, Saturne pourrait dévoiler la peur de l’autorité d’autrui ou le contrôle par l’environnement matériel.
  • En Verseau, Saturne pourrait indiquer la peur d’être différent ou d’être exclu de l’action collective.
  • En Poissons, Saturne pourrait signifier la peur de la dissociation par rapport à un tout émotionnel plus grand ou de la solitude affective.
Adam et Eve
Le relations toxiques ?

Il est fort possible qu’une personne haïsse les gens nés sous le signe dans lequel leur Saturne de naissance se trouve. Il est tout aussi possible qu’une autre en soit tout à fait séduite et même fascinée. Même si elle présente le risque de soumission, cette attitude de fascination représente une réaction plus heureuse : elle peut susciter une relation favorisant la croissance et l’intégration de Saturne. L’attitude de haine et de rejet, quand à elle, pourrait également amener à la croissance mais de manière plus désagréable. C’est pour cela que Saturne est une planète souvent prise en compte dans la comparaison de thèmes entre des personnes qui s’engagent dans des relations plus intimes.

Ce qui m’amène à parler de la façon d’intégrer Saturne.

Trouver l’Or

Qu’est-ce que « intégrer Saturne » ?

Il s’agit de reconnaître et de travailler notre Ombre. Mais n’oublions pas que Chronos (dieu du temps) apparaissait aux hommes sous la forme d’un vieillard et, donc, travailler notre Ombre demande du temps et nécessite de longues et intenses périodes d’introspection. Cette recherche de « qui suis-je? » peut faire l’objet d’une vie.

Dans cette entreprise, il n’y a pas vraiment d’enjeux sociaux ou de promotion de bureau. Il s’agit de comprendre l’origine de nos peurs et de nous renforcer chaque jour un peu plus. Il s’agit de développer seul et petit à petit une compétence unique relative à la maison ou au signe dans lequel se trouve Saturne.

Transmuter Sautrne
Transmuter Saturne.

Transmuter Saturne (le plomb des alchimistes) en Or demande rigueur, application, conscience et force de caractère. C’est ainsi que l’on peut enfin trouver l’Or au fond de notre Athanor intérieur. Mais, l’Homme est résolument seul face à ce travail de transformation, comme l’Alchimiste de notre psyché dans son laboratoire secret.

Si l’individu est prêt à travailler avec son Ombre et à étudier consciemment ce qui en lui attire l’infortune, il est possible qu’il découvre un Saturne d’Or beaucoup plus agréable, proche même d’un compagnon dévoué.

Pour cela, deux étapes: l’acceptation et le lâcher-prise. Elle doivent être franchies en toute conscience et sans aucune complaisance.

L’acceptation implique de localiser et d’accueillir pleinement ce qui est en nous. Et, surtout, de ne plus nous identifier au «  je suis inutile  » (notre exemple de la Vierge) et de ne plus le projeter sur les autres par des  » les gens sont trop mal soignés « . Ou encore, pour prendre un autre exemple, ne plus nous identifier au  » je suis incapable d’aimer  » (Balance) et ne plus le projeter par des  » les gens sont trop distants à mon égard « . Ces peurs sont en nous, c’est un fait. Mais, ce n’est ni bon, ni mauvais, c’est  » « . Il n’ y aucun jugement de valeur utile à la résolution de nos peurs ou de nos sentiments d’infériorité.

Une fois que l’on a pris conscience de l’Ombre/Saturne, le processus est de doucement passer au lâcher-prise.

Après l’acceptation de nos peurs, la reconnaissance de notre avidité du signe où se trouve Saturne, le lâcher-prise consiste en l’abandon de notre masque d’honorabilité (notre personae).

Cet abandon devrait nous basculer dans une sorte amour inconditionnel pour notre Être, quels que soient ses défauts ou ses imperfections. Cette lumière intérieure qui arrive au fur et à mesure que nous perçons les parois de notre isolement saturnien, nous permet de regarder, enfin, les autres comme des individus complets et de les aimer intégralement sans être dépendants de leur regard.

Nous devrions alors être capable de dire en toute honnêteté:  » Je ne suis pas celui que je croyais être jusqu’à maintenant, je ne suis pas celui que j’appelle être moi, je ne suis ni mes projets, ni l’image que les autres et moi-même ont de moi, je suis un inconnu et je me cherche  » ( Extrait du site C.G. Jung, base de théorie ).

Laboratoire d'alchimie
Notre laboratoire intérieur.

Le mieux est d’essayer de comprendre profondément la signification du signe de Saturne et de s’y exposer petit à petit sans complaisance. De voir, de tester en toute conscience et sans jugement de valeur quelle réaction cela entraîne chez les autres. La compréhension du signe de notre Descendant Astrologique peut également nous aider à relativiser les peurs que le jugement des autres (le Descendant) nous inspire.

Cela nous permet également de comprendre comment nos parents/éducateurs nous ont montré un chemin coloré par leur façon de penser, avec leur façon de voir la vie à leur époque, à travers leur propre Saturne (intégré ou non) et… celui de leurs propres parents/éducateurs.

Ainsi, en nous débarrassant des croyances que nous avons à propos de notre image, le lâcher-prise de Saturne nous renforce dans le domaine où nous pensions que résidaient nos plus grandes faiblesses. Saturne nous pousse donc à exprimer concrètement et consciemment tout au long de notre vie, les qualités les plus essentielles du signe dans lequel il se trouve. Et, pour briller, l’Or de nos qualités doit être débarrassé des scories des valeurs superficielles, des idéaux abstraits ou vaguement pressentis. Ces scories ne devraient jamais susciter l’indifférence de notre Alchimiste intérieur.

C’est à ce prix que nous distillerons patiemment, goutte par goutte, l’Or du vieux démon Saturne: le Soleil.

Ubuntu.

Bibliographie et conseils de lectures

  • Les Parents dans le thème de naissance – Eric Berrut – Éditions Janus – 2009
  • Le Chœur des Planètes – Luc Bigé – Éditions Janus – 2010
  • Le guide Astrologique des Relations Humaines – Liz Greene – Editions du Rocher – 1992
  • Saturne, un regard nouveau sur un vieux démon – Liz Greene – Dervy – 2006 (1997 pour la première édition)
  • Le site C.G. Jung – Base de Théorie.