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Zodiaque

Enki et le Verseau

L’observation du ciel est une activité à laquelle les hommes et les femmes semblent se livrer depuis fort longtemps. En regardant les constellations (groupement apparent d’étoiles) traversées par le soleil et les autres planètes, leur imaginaire les assimile d’abord avec les animaux qu’ils voient ici sur terre. Dans un premier temps, cette observation est sans doute comprise comme un message des esprits et permet de deviner ce qu’il se passera dans un futur proche.

Les premières codifications écrites de cet art divinatoire datent du second millénaire avant J-C et proviennent de Mésopotamie (actuel Irak). À cette époque, les études astrologiques ne sont basées que sur les seules planètes visibles à l’époque (le soleil, la lune, Vénus (Dilbat), Mars, Jupiter et Saturne) et se bornaient à déterminer que les moments favorables à la prise de grandes décisions par les dirigeants des royaumes.

La voûte céleste était alors divisée en une vingtaine de zones inégalement réparties sur trois axes différents traversant le ciel. Certains signes portent les noms ou des thèmes que nous connaissons encore aujourd’hui : le Sagittaire (Pabilsak), le Taureau, ou encore l’Épi (la Vierge)… À cette époque et pour longtemps encore, la seule forme d’astrologie connue qui se centre sur un individu (qui n’est donc pas purement divinatoire) est celle qui permet de connaître le caractère d’un dirigeant ou d’un dignitaire, afin de prédire à sa naissance comment il dirigera son royaume et ce qu’il adviendra à ses sujets.

Ce n’est qu’au cinquième siècle avant J-C que les savants grecs découvrent en Grèce les tablettes ramenées des conquêtes d’Alexandre le Grand qui contiennent les observations célestes des Mésopotamiens (appelés « Caldéens » pas les Grecs). Ceux-ci transforment leur astrologie en divisant l’écliptique en douze signes égaux leurs attribuant les noms que nous connaissons aujourd’hui.

Le Verseau

Ainsi beaucoup de signes du zodiaque trouvent pour la plupart leur origine dans un passé nettement plus lointain que celui de la Grèce antique. C’est le cas notamment du Verseau. C’est un signe d’air et, comme ses homologues d’air (Balance et Gémeaux) ainsi que la Vierge, son symbole est pas un animal. Le Verseau est représenté par un géant qui verse son eau sur la terre abreuvant les hommes de son eau douce. À l’instar de Prométhée donnant le feu aux hommes, il enseigne sa sagesse interdite et seule réservée aux dieux. Mais qui est-il ? D’où vient-il ?

L’Absu

Il existe dans le panthéon mésopotamien, un dieu nommé « Enki » en sumérien ou « Ea » en akkadien1La Mésopotamie est ce que les historiens appellent un « lieu historique ». Celui-ci n’a jamais eu d’existence réelle, à l ‘époque les « Mésopotamiens » ne se considéraient pas comme tels. L’histoire de ce lieu est influencée par divers courants culturels résultant de nombreuse invasions. Ces courants sont grossièrement classables en deux grandes langues qui les portent : la sumérienne, plus ancienne et l’akkadienne qui prend peu à peu le dessus sur la première. Et ceci, bien que le sumérien reste longtemps une langue utilisée par les rois, les prêtres et les scribes d’alors, un peu comme le latin était utilisé au Moyen Âge par les prélats et les nobles.. C’est, à mon avis, à partir de lui qu’est créé le Verseau. Enki naît dans ce que les mésopotamiens appellent l’« Absu », un océan souterrain d’eau douce sur lequel flotte la terre des hommes. En réalité, il s’agit fort probablement de nombreuses nappes phréatiques qui, à l’époque, se trouvaient sous les vallées du Tigre et de l’Euphrate. Dans l’imaginaire des hommes d’alors, c’est de l’Absu que provient l’eau des sources, des rivières et des deux grands fleuves. Comme le géant Verseau déversant son eau de la jarre posée sur son épaule, Enki sortant de l’Absu est souvent représenté par un géant aux épaules laissant s’écouler de l’eau. Il enjambe les montagnes en y plaçant de nombreuses sources indispensables à la vie et à l’irrigation des champs.

Enki enjambant les montagnes. Des cours d’eau poissonneux coulent de ses épaules.

L’eau de l’Absu est également réputée pour donner le « verbe magique » qui permet aux guérisseurs d’exorciser et de soigner les malades : dans le Mythe d’Adapa, un pêcheur tombe dans les eaux de l’Absu et profère une malédiction au vent qui a renversé son esquif. À son grand étonnement la malédiction s’accomplit instantanément, ce qui lui vaut des problèmes desquels Enki le sortira. Ce pêcheur devient à la fin du mythe l’héritier des Apkalu, sorte d’hommes-poissons sortis des eaux de l’Absu venu enseigner les secrets de l’agriculture aux hommes.

Le dieu justicier

Enki, est le dieu du savoir, de la magie, de la sagesse et des techniques. Populaire auprès des mésopotamiens, il agit souvent afin de sortir l’humanité de l’embarras crée par les autres dieux. Dans le Mythe d’Enki et Nimah, la déesse Nimah lui lance un défi : elle crée des humains difformes et stériles à qui Enki trouve une fonction sociale pour chacun d’eux. Par ailleurs, dans un rêve, Enki conseille à un homme nommé Artahasis de construire une arche afin de sauver l’humanité du Déluge qui sera bientôt provoqué par les dieux du ciel. Parallèlement, pour sauver le monde du mal de la stérilité, dans le mythe de la Descente d’Inanna aux Enfers, il doit ressusciter Inanna, la déesse du désir. Mais il ne le fait pas directement : il crée deux êtres asexués qu’il envoie aux Enfers pour sauver la déesse. En fait, Enki résout toujours les problèmes indirectement, sans en prendre la responsabilité face aux autres dieux, sans signer son œuvre et en contrariant souvent les plans injustes des autres dieux. Ne demandez surtout pas à un Verseau de créer quelque chose de conventionnel, d’injuste et de signer son œuvre2Je rappelle que chaque fois qu’il est fait mention sur ce site d’une hypothétique personne décrite par son signe, il s’agit d’une personne fictive (voire impossible) citée à titre d’exemple qui ne serait composée que de ce signe pur. Toutes les personnes Verseau ne sont bien sûr pas toutes pareilles..

Enki et la technologie

Il est également le premier dépositaire des « Mé », sortes de qualités ou symboles permettant aux hommes de vivre leur destin. Ainsi, parmi ces « Mé », se trouvent les diverses techniques permettant de cultiver le sol, de détourner les rivières ou de construire des maisons. Voici sans doute la raison pour laquelle le Verseau est tellement attaché aux nouvelles technologies qui permettent à l’humanité de progresser sur son chemin d’évolution.

Bien loin des hommes

Cependant, même s’il se sent proche des hommes et des femmes à qui il donne son aide indirecte, Enki reste un dieu immortel parmi les dieux qui siègent bien loin des humains… Un peu comme le Verseau aime l’humanité et les humains tout en ayant la difficulté de se considérer comme un des leurs.

D’autres signes…

Le Verseau n’est pas le seul signe dont il est permis d’identifier l’origine aux temps anciens d’avant la Grèce antique. Il en va de même pour la Vierge, le Sagittaire, le Lion et le Taureau. Mais je vous parlerai de tout cela dans d’autres articles.

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